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L’administration pénitentiaire face au défi du recrutement

Près de 2 400 surveillants à former par an d’ici la fin du quinquennat : l’administration pénitentiaire va devoir mettre les bouchées doubles pour faire face au défi du recrutement dans un métier peu attractif.

par Gabriel Thierryle 5 octobre 2018

Les bancs de l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) sont bien chargés, cette année. L’ENAP vient en effet de battre un record, en septembre, avec l’accueil des 902 élèves de la 197e promotion de surveillants. Cela représente le plus important effectif d’élèves formés à Agen, une « véritable ruche », selon la ministre de la justice, Nicole Belloubet.

Cette montée en puissance du nombre de stagiaires va pourtant encore s’amplifier dans les années à venir. La direction de l’administration pénitentiaire prévoit en effet de former 2 400 surveillants par an d’ici la fin du quinquennat. Un chiffre qui s’explique à la fois par les recrutements destinés à compenser les départs et les créations de postes. L’exécutif a promis l’embauche de 1 100 nouveaux surveillants pénitentiaires dans les quatre ans.

Ce chiffre constitue un défi pour l’administration pénitentiaire. À Agen, l’embouteillage des élèves, accueillis pendant six mois, n’est déjà pas loin. « Ils sont entassés à plusieurs par chambre, alors qu’au départ l’hébergement était censé être individuel, déplore Wilfried Fonck auprès de Dalloz actualité, secrétaire national Ufap-Unsa Justice. L’ENAP est obligé de louer des chambres d’hôtel pour héberger les stagiaires. »

Deux sessions

Pour faire face à l’afflux de stagiaires, l’ENAP prévoit d’ouvrir deux sessions de formation par an, accueillant chacune deux promotions de 600 élèves. « Ce calendrier pérenne va faciliter le recrutement grâce à des dates de concours connues bien à l’avance et récurrentes », explique l’administration pénitentiaire.

Cette réorganisation doit également mieux répartir les candidatures. Le ministère de la justice estime que la chute brutale du taux de présentation aux écrits en septembre (20 %, contre 34 % en janvier dernier) est due au désistement de candidats ayant appris leur réussite au concours précédent. « Nous avons fait un effort particulier pour repenser cette formation, que nous avons rétablie sur six mois pour qu’elle soit plus dense et plus opérationnelle », a également précisé Nicole Belloubet devant les députés, le 19 septembre.

Des premières réformes qui devraient être suivies par d’autres mesures. Modernisation des épreuves, dématérialisation de certains actes, meilleure détection des candidats réellement désireux de devenir surveillant ou encore création de concours locaux : l’administration pénitentiaire planche en ce moment sur une série de pistes.

Si l’Ufap-Unsa Justice, majoritaire chez les personnels surveillants, salue les embauches, elle s’inquiète d’une dégradation du niveau de recrutement. « Il ne faudrait pas non plus se satisfaire de candidats présents et de devoir, à un moment donné, descendre de plus en plus le barème de recrutement », s’inquiète Wilfried Fonck. Une inquiétude fondée pour Christian Mouhanna, le directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip). « L’administration pénitentiaire trouvera toujours à recruter en abaissant les critères de qualité : c’est un concours, ce n’est pas un examen barrière, explique-t-il à Dalloz actualité. Si vous avez besoin de 500 postes, vous allez plus bas. Mais la difficulté sera d’avoir des personnels qui ne soient pas seulement dans une logique de gardiennage. »

Tensions dans la fonction publique

Alors que la principale motivation des futurs surveillants est la sécurité de l’emploi, d’autres métiers de la fonction publique embauchent d’ailleurs eux aussi à tour de bras, comme dans la police ou la santé. Une concurrence sévère pour l’administration pénitentiaire, car, rappelle crûment Wilfried Fonck, « le métier ne fait pas rêver ».

En début de carrière, un surveillant peut espérer un salaire de 1 594 € net hors primes. Il doit faire avec des vacances décalées ou un repos hebdomadaire parfois réduit à un seul jour, comme le déplore Wilfried Fonck. Pour lui, l’amélioration des conditions de travail doit être une priorité pour attirer davantage les candidats. « En France, le surveillant est en quelque sorte enfermé dans une logique de porte-clés, le métier n’est pas valorisé », abonde Christian Mouhanna. Au risque de freiner les vocations.

 

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