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Interview

Avocats de l’asile : « Ces attaques sont injustifiées »

L’avocat parisien Gilles Piquois défend depuis plus de vingt ans les demandeurs d’asile. Président de l’association ELENA France, qui fait partie du réseau des avocats européens dépendant de la Consultation européenne pour les réfugiés et exilés (CERE), il répond aux attaques récentes, contenues dans deux rapports, mettant en cause les avocats en droit des étrangers, et en particulier les avocats de l’asile.

le 30 janvier 2014

La rédaction  :  Vous faites partie des avocats visés dans deux rapports, qui mettent en cause les avocats en droit des étrangers et particulièrement ceux de l’asile. Que répondez-vous aux remarques contenues dans ces rapports (1) ?

Gilles Piquois : La cour nationale du droit d’asile (CNDA) représente 80 % de mon activité et cette activité est tellement chronophage que je ne peux presque rien faire d’autre. Quant à savoir le nombre de dossiers que j’ai « en portefeuille », je ne saurais le dire, car pour moi, ce ne sont pas des numéros, mais des personnes avec chacune leur histoire particulière. Est-ce trop ? Reproche-t-on à Éric Dupond-Moretti d’avoir trop de dossiers d’assises, alors que dans son cas, ce sont les juridictions qui fixent le calendrier en fonction de ses disponibilités ? Le reproche qui est fait à quelques-uns de garder les dossiers pour eux est également totalement injustifié. Je pourrais vous fournir la liste des avocats auxquels je donne des dossiers car j’en reçois davantage que je ne peuxen traiter.

La rédaction  : Quels honoraires votre cabinet prend-il pour un dossier classique devant la CNDA et quelle est la part d’aide juridictionnelle dans le nombre de dossiers en cours ?

Gilles Piquois : Contrairement à ce qu’affirme Joseph Krulic, président de l’association des juges de l’asile (lire l’article paru dans le quotidien La Croix) , nous ne prenons pas 3 000 € par dossier. En ce qui me concerne, je facture, 1 500 € maximum par dossier, sur la base d’un forfait sans tenir compte du nombre d’audiences. Mais même à ce tarif, ces dossiers ne sont pas très rentables et je ne parviens pas à gérer le cabinet correctement. Je dois notamment payer le loyer du cabinet, de 4 400 € par mois, et rémunérer mes assistantes. Ainsi, pour un dossier facturé 1. 500 €, mon comptable a calculé que 74 à 75 % de cette somme partait en charges. Avec le reste, je dois payer mes impôts personnels et c’est seulement 5 % de cette somme qui me revient après. En ce qui concerne les dossiers à l’aide juridictionnelle, ils me coûtent de l’argent, même avec le doublement du nombre d’U.V. devant la CNDA. Ils ne représentent qu’environ 5 % de mes dossiers et je n’accepte de prendre des dossiers à l’aide juridictionnelle que dans des cas très particuliers, lorsqu’il s’agit de demandeurs d’asile mineurs ou handicapés, par exemple. Les rédacteurs du rapport...

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Gilles Piquois

Gilles Piquois est avocat, président de l'association ELENA France et membre du syndicat des avocats de France (SAF).